Vers le haut de page
Vers le bas de page

POÉSIES DE MON CŒUR (a) POÉSIES DE MON CŒUR (i)

Vieux géant

Poème nostalgique sur les premières mesures de : « Sundown » (Marco Cerletti, 1990).
Le géant qui vivait là-bas,
Le géant de tous les combats
Est mort ce matin.
Jupiter, sans s'apitoyer,
Jupiter l'aurait foudroyé,
Dit-on, mais, bon, c'est le Destin...

S'il faisait peur en se penchant,
Il ne faisait peur qu'aux méchants
Qui le provoquaient.
Courroucé bientôt tout entier,
Courroucé pour mieux châtier
Ceux-là qui parfois le moquaient.

Moi qu'il n'a guère effarouché,
Moi qui l'ai longtemps approché,
À qui désormais
Vais-je bien, cœur mortifié,
Vais-je bien pouvoir confier
Les pauvres vers que je commets ?

Il aimait parler aux roseaux,
Il aimait le chant des oiseaux,
La pluie de l'été.
Au couchant, quand glissait le vent,
Au couchant, il chantait souvent
Un petit air plein de gaieté.

Il savait évoquer les fées,
Il savait des récits truffés
De preux chevaliers.
Maintes fois, mon âme enchantée,
Maintes fois, s'est laissée tenter
Par le vieux conteur des halliers.

L'écureuil, farceur patenté,
L'écureuil pour le fréquenter
Passait aux aveux
Et le geai, sans cesse aux aguets,
Et le geai, l'aile fatiguée,
Allait s'asseoir dans ses cheveux.

Son toupet se voyait de loin,
Son toupet, tel pour le Malouin
Le phare espéré,
Me guidait, repère étonnant,
Me guidait lorsque revenant
D'excursion, je m'égarais.

Quand l'ondée descendait des nues,
Quand l'ondée s'abattait, venue
Des cieux assombris,
Il offrait au passant surpris,
Il offrait, service compris,
L'opportunité d'un abri.

J'ai goûté en sa compagnie,
J'ai goûté la joie infinie
De l'instant présent.
Nous étions deux silencieux,
Nous étions, titres précieux,
Deux amis toujours se taisant.

Il avait le pied vigoureux,
Il avait le cœur généreux,
Des géants le roi,
Généreux et déterminé,
Généreuse âme enracinée
Au sol du pays vivarois.

Vieux géant, dès qu'en Paradis,
Vieux géant, où tu vis, pardi,
Dans quelque forêt,
Tu croiseras, brave éternel,
Tu croiseras saint Lionel,
Dis-lui combien je t'adorais.

Si le temps, marcheur entêté,
Si le temps va sans s'arrêter
Jamais, pour autant
Nul ici, d'entre les humains,
Nul ici n'oubliera demain
Le colosse au charme envoûtant.

Le géant qui vivait là-bas,
Le géant de tous les combats
Est mort sans sursis.
Foudroyé certes sans pitié,
Foudroyé mais une amitié
Se rit de l'éclair qui occit.
Annonay, lundi 31 août 2020
Si vous désirez écouter le thème qui a inspiré ce poème, vous pouvez utiliser le lecteur ci-dessous. Pour initialiser le lecteur, rechargez simplement la page (touche F5).

Sundown

(version de Marco Cerletti et Burhan Öçal)