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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Val de Cance



Un rayon de soleil entre par ma fenêtre
Aux volets grands ouverts. C'est un matin d'été.
Debout ! dit mon réveil, le jour vient de paraître.
Nul trouble dans l'éther quand je le souhaitais :
J'ai parfois de l'audace, à penser que le temps
Délaissera l'orage et l'éclair et la pluie.
Je suis marcheur, je passe, un pas à chaque instant,
Sac à dos pour bagage et je pars aujourd'hui.

J'ai voyagé d'abord en volant sur la carte,
On prépare un parcours en devenant oiseau
Puis on reprend son corps. Bon, il faut que je parte.
J'appelle d'un bonjour lancé en quelques mots
Le voisin matinal parti chercher son pain.
Ma course naît ici, avec mon échappée
Belle à travers le val de Cance où les sapins
Mêlés aux chênes bis sur les flancs escarpés
Écoutent la rivière avancer au mitan
Du défilé creusé jour à jour un peu plus
Quand chaque millénaire érode au fil du temps
Les rocs aux bords brisés fendus de fins rictus.

Je vais vers le levant sur la route agrippée
À l'aplomb de la rive où rôde le pêcheur,
La caresse du vent flottant dans l'air épais
S'attache fugitive au pas du promeneur.
À droite en contrebas la boucle d'un méandre
Cerne le monolithe élevé au-dessus
Du remous qui s'ébat : la roche Péréandre,
Châtain et anthracite à la tête bossue.
Voici un peu plus loin la vieille filature,
Ateliers ruinés dominant le chemin
Qui descend et rejoint l'antique architecture
Du pont abandonné construit par Marc Seguin.

La gorge s'élargit ; j'aperçois les maisons
Bordées d'un grand pré vert qu'habite un âne gris.
L'âne se réfugie dedans son cabanon
Quand il neige l'hiver – je l'ai vu dans l'abri.
Sur les arches de pierre au vieux pont de Tourtel,
Un autre randonneur venu de Quintenas
Traverse la rivière où se mire le ciel
Au pas lent du flâneur, du vagabond qui n'a
Que le soleil pour montre et la vie devant lui...
Il faut savoir souvent oublier la durée,
Le fruit d'une rencontre est goûteux pour celui
Qui frôle l'arrivant et se fend d'un arrêt.

Dans un méli-mélo de maillots chatoyants,
C'est un groupe animé de copains en vacances
Juchés sur leurs vélos qui emprunte en riant
La piste bitumée qui sillonne la Cance.
Je hèle en la croisant la joyeuse escouade,
Juste un peu de chaleur dans le ton de la voix,
Juste un salut plaisant : « Allez, bonne balade ! »
Entre eux les voyageurs savent être courtois.
Et je marche toujours et il fait toujours beau,
Tout doucement j'arrive au bout d'une heure vers
Le grand pont qu'on prend pour sauter par-dessus l'eau,
Là on change de rive et on gagne l'envers.

Le vallon s'agrandit, alors l'onde frissonne.
Toi qui parlais naguère aux sommets d'occident,
Même fière et hardie, tu vas grossir le Rhône,
C'est la règle ordinaire à tous les confluents.
Ici les bâtiments du quartier de Fanière,
Commune de Sarras sur les actes de loi,
Furent construits antan au sud de la rivière,
La voie file par là et mène au fleuve-roi.
Je regarde et je scrute au loin l'horizon comme
Pour trouver le flot bleu qui s'écoule du nord,
Pourtant le regard bute où sont les monts de Drôme,
Il faut marcher un peu et s'avancer encor.

Au-devant maintenant dans l'imposante plaine,
Lors je peux contempler le souverain, roulis
Qui va tourbillonnant ; mais la Cance est la reine
Du val où il lui plaît d'avoir creusé son lit.
Et j'ai vu son palace aux rocs garnis d'écume,
J'ai écrit sur la page au fil de mon émoi,
Je suis marcheur, je passe où mes pas s'accoutument,
Sac à dos pour bagage et je rentre chez moi.


Davézieux, mercredi 17 avril 2013