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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Trois courts poèmes

(Juste histoire de rigoler
comme aurait dit Alphonse Allais)



I

J'ai naguère apporté ma modeste contribution à l'œuvre parodique autour du fameux Sonnet de Félix Arvers - j'ai d'ailleurs dit, à cette occasion, tout le bien que je pensais de ce sonnet (1).

Puis il m'est venu le petit quatrain qui suit, qui aurait fait joli, je crois, juste sous le titre de mon propre poème. Quoi qu'il en soit, je dédie ce quatrain à M. Arvers - à titre posthume, cela va de soi :

Pauvre, pauvre Félix Arvers,
Connu pour un seul sonnet. Or
Ç'aurait pu être pire encor
S'il l'eût été pour un seul vers.

Maigre consolation, je l'avoue...


II

L'ennemi juré de Voltaire se nommait Fréron, journaliste et polémiste. J'ignore tout de ce qui faisait obstacle à leur bonne entente mais le nom de Fréron reste attaché à celui de Voltaire pour l'épigramme que le bonhomme Arouet avait faite au sujet de son rival :

L'autre jour, au fond d'un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron.
Que pensez-vous qu'il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva.

Allez savoir pourquoi, j'ai pris ce poème en grippe. D'abord, la chute n'est pas de l'auteur. Ensuite, le premier vers aurait certes bénéficié d'une rime beaucoup plus sonore ainsi rédigé :

Comme il rêvait sur son perron (...)

Mais peut-être ne rêvait-on pas sur son perron à cette époque ?

Enfin, le fait devait être connu de Voltaire, les serpents ne piquent pas, ils mordent.

Du coup, décidé à venger Fréron, j'ai commis ce qui suit :

Voltaire, le médisant né,
Faillit mourir empoisonné
Pour ce que, faisant la harangue,
L'idiot s'est mordu la langue.

Ça, au moins c'est envoyé !


III

Dans Alcools, Apollinaire a inséré un poème d'un seul vers.

Chantre

Et l'unique cordeau des trompettes marines

Outre le fait qu'un seul vers dans un ensemble appelé Alcools est la marque d'une belle tempérance, pour ne pas dire d'une remarquable sobriété, l'auteur résout ainsi magistralement le problème, souvent difficile, de la rime.

Cependant, il me semble que le maître aurait pu écrire quelque chose de plus en accord avec l'intitulé de son recueil. Je propose donc ceci :

Chante

Eh, l'unique bordeaux ! T'es pompette, Marine !

Chante bien sûr parce que le vin porte à la gaieté ; un bordeaux (forcément unique) parce que nul ne saurait nier la qualité des crus de ce nom ; Marine enfin parce que j'ai connu une Marine qui, malgré son prénom, ne buvait pas que de l'eau. Bref, c'est le Destin qui m'a dicté ce poème.

C'est égal, l'Apollinaire reste un de mes poètes préférés mais j'aime bien quand il fait un peu plus long...


Annonay, lundi 1er mai 2017


(1) Voir le poème « Sonnet de mon âne » dans le vol. 3 des Cahiers des Poésies de mon cœur.