Vers le haut de page
Vers le bas de page

POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Tic de langage



Poème sur un sujet futile – quoique sociétal.


Je parle. Parfois trop, ça, je veux bien l'admettre.
Lors je serais celui qui parle en insensé ?
Le cheval va au trot quand l'ordonne son maître :
Mes propos comme lui écoutent ma pensée.

Or le pire adversaire embrouilleur de message
Qui trouble le discours de sa marque honnie
Et jamais nécessaire est le tic de langage
Qui s'impose – au secours ! –, détestable manie.

Et donc parmi ceux-là qui s'incrustent partout,
Se fixent – est-ce bête – au fin fond de la tête,
Il en est un, hélas, pire encore que tout :
« En fait, en fait, en fait, en fait, en fait, en fait ».

Chaque matin, je viens écouter, radio,
Un de tes grands sermons, ma vieille pipelette.
Dans un délai moyen d'un rien ces idiots
De journalistes m'ont soûlé : « En fait, en fait... »

Cette dame m'explique, en chevronnée des courts,
Le tennis puis lassé, je m'enfuis. La pauvrette,
Un record historique en un délai si court,
Réussit à placer six (6 – 0 ?) « En fait ».

Dans ce sombre polar récemment diffusé,
Le scénariste aurait bien mérité perpette :
Face à face, hagards, le flic et l'accusé
Se querellent fort et pan, pan : « En fait, en fait... »

Les jeunes d'aujourd'hui se tiennent éloignés
De ce monde (pardi : le casque ou l'oreillette),
Malheur à qui déduit qu'ils seraient épargnés
Par cette maladie : « En fait, en fait, en fait... »

Brisons là. Le sujet n'en méritait pas tant.
Puis-je me retirer sur une humble requête ?
Il me plaît d'échanger ; j'explique, écoute, entends,
Je suis toujours paré pour le débat. Défaite,
Victoire, nul souci pour qui sait ménager
Et la forme et le fond en plaisants tête-à-tête.
Mon souhait ? Le voici : il est temps de changer !
Que disparaisse enfin le lamentable « En fait » !


Davézieux, lundi 31 mars 2014