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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Stances frivoles



Que ce fresle imposteur (1) enchante mes desirs
Par ses agreables mensonges !
Et puis que je n'ay points de solides plaisirs,
Laissez-moi vivre de mes songes [...]
Quelle merveille donc si j'en suis là reduit,
Et si, vainement animee,
Ne pouvant mieux avoir, ma passion poursuit
L'ombre d'une belle fumee...

Anonyme, Recueil de diverses poésies des plus célèbres autheurs de ce temps, Paris, 1657


Tu vis à Paris, je vis en province.
Dieu, que c'était bien. L'ennui qui en pince
Pour le quotidien s'il est routinier
N'aurait pu dès lors que nous épargner.

Vivre à deux n'est pas une sinécure :
Sans cesse pareil, c'est mauvais augure...
Je serais venu une fois par mois,
Les sens en éveil, le cœur en émoi.

Ce que nous aurions pu faire
(programme sur trois jours)

Vendredi

J'arrive ce soir, ma Parisienne,
J'ai envie de toi. Qu'à cela ne tienne !
Tu as un grand lit tout au ras du sol,
Personne au-dessus ni dans l'entresol.

Allons faire un tour, ma belle conquête,
Le long du canal jusqu'à la Villette,
Qu'on puisse admirer ton joli minois
Puis nous dînerons dans un bar chinois.

Soyons un peu fous : usons des épices
Et en abusons : on les dit propices
Aux tendres assauts des amants d'un jour.
Nous vérifierons en faisant l'amour.

Samedi

Maintenant ouvre grandes tes oreilles :
Tout près de chez toi, on donne Mireille.
Ce lieu porte un nom : la Philarmonie,
Il est à deux pas de ton petit nid.

Pour un mélomane, ah, le beau programme...
D'abord un concert, ensuite, madame,
Nous rentrerons nous coucher. « Sagement ?
— Oui... Comme une amante avec son amant ! »

« Au secours, mon cœur : j'ai... le mien qui flanche !
— Pourquoi se presser ? Demain c'est dimanche. »
J'aime quand tu ris à mes traits d'humour :
Rions si tu veux en faisant l'amour.

Dimanche

L'aurore, déjà... Là-bas sur les rives
Du canal de l'Ourcq, le soleil arrive,
Il chasse la nuit de ses flèches d'or.
« Bonjour ma beauté... » Chut, nigaud, on dort !

Nous irons ensemble aujourd'hui, ma muse
Flâner dans les rues de Paris. J'accuse
Le temps d'être trop pressé, ce gâteux.
Les amoureux ont la vie devant eux.

Les amoureux ont la vie pour s'éprendre,
Moi je pars ce soir ; la carte du tendre,
Nous en tracerons les nouveaux contours
Et la parcourrons en faisant l'amour.



Car je reviendrai, tu connais le pacte
Entre nous, qui tient nos amours intactes :
Pour apprécier de se retrouver,
Il faut se quitter. Je t'aime et... j'y vais !



Las ! Tout ça ne fut que vaines promesses...
Tu n'as pas choisi d'être ma maîtresse
Et ton cœur fermé à mon cœur épris
M'a poussé dehors, avec ton mépris.

La femme est étrange (et l'homme imbécile),
Qui complique tout quand tout est facile.
Adieu, capitale, adieu ma chérie,
Je reste en province et toi à Paris.


Annonay, jeudi 13 août 2015


(1) Dans le poème en citation, le « fresle imposteur » désigne le sommeil.