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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Poussière



(...) Car tu es poussière et tu retourneras à la poussière. (Genèse 3: 19)


« J'aime la poussière au-dessus des portes
Trop longtemps fermées ; plumeau que l'on tend,
Poussière grisâtre et qu'un geste emporte,
Du salon désert fermé trop longtemps.

J'aime la poussière épaisse des tomes
Que sur les rayons personne ne lit,
Poussière infinie, millions d'atomes,
Livres que l'oubli a ensevelis.

J'aime la poussière assoupie dans l'âtre
Dès qu'elle s'éveille au vent qui descend
Par la cheminée, poussière noirâtre
Sur les carreaux nus naguère indécents.

J'aime la poussière enfuie de l'armoire
Où jamais chiffon ne s'aventura,
Que le courant d'air d'illustre mémoire
Chasse en soupirant sans plus d'embarras.

J'aime la poussière en suspens qu'éclaire
Le rayon qui glisse entre les volets,
Poussière ténue, légère, légère,
Grains aériens sans cesse envolés.

J'aime la poussière ornée tout entière
De toiles en rond ; grenier haut perché
D'où l'on redescend couvert de poussière,
Caverne aux trésors qu'on joue à chercher.

J'aime la poussière encore et encore,
Poussière enfouie au fond des placards,
Poussière inspirée quand elle décore
Les rideaux de soie et les vieux brocarts,

Poussière accrochée sur toutes les plinthes,
Poussière amassée sur les abat-jour
Des lampes d'antan désormais éteintes,
J'aime la poussière encore et toujours. »

J'écoutais ainsi parler la voix claire
D'un qui se plaisait sans doute à clamer
Son attrait pour la poussière. Ô poussière,
Nul ne saurait certe aussi bien t'aimer !

« Qui donc es-tu, toi qui pour la poussière
Es pris tout entier, fameux narrateur,
D'une amour sans faille et toute princière ?
— Poète, je suis ton aspirateur. »


Annonay, mardi 24 juillet 2018