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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Paroles de croyant I
(Religions)



Rimeir m'estuet d'une descorde
Qu'a Paris a semei Envie
Entre gent qui misericorde
Sermonent et honeste vie.
De foi, de pais et de concorde
Est lor langue moult repleignie,
Mais le meniere me recorde
Que dire et faire n'i soit mie.
Je dois rimer sur l'esprit de discorde
Qu'à Paris Envie a semé
parmi ceux qui prêchent la miséricorde
et une vie honnête.
Foi, paix, concorde,
voilà qui leur emplit la bouche,
mais leurs façons me rappellent
que des paroles aux actes il y a loin.


Rutebeuf, De la descorde de l'Universitei et des Jacobins, Paris, 1254-1255
(traduction de Michel Zink)


Religions de merde – accablant pléonasme –,
Voilà bien dix mille ans que vous nous les brisez.
Il fallut que je perde, écœuré par vos miasmes
Et vos sales relents, pour oser en causer,
Ce respect qu'on vous doit au nom, comme vous dites,
Du devoir qu'a chacun de vivre en piété.
Vous me pointez du doigt et votre doigt s'agite :
« Misérable importun, infidèle et athée ! »
Mais qui prétend, mon Dieu – dis-leur, si tu existes ! –
Qu'il faut passer sous vos fourches pour espérer ?
Vos dogmes odieux, diviseurs et sexistes,
Vos imams, vos dévots, vos rabbins, vos curés,
Voilà bien dix mille ans qu'ils rabâchent : « Qu'on fasse
Enfin la paix sur Terre ! Ô Dieu bon, condescends
À revenir ! », brûlant de tuer ceux d'en face
Dans une sainte guerre au nom du Tout-Puissant !
C'est le but éhonté de vos danses macabres,
Que meure le bandit, le mécréant, l'impie,
À la douce bonté vous préférez le sabre,
Dieu a-t-il interdit de tuer ? Oui ? Tant pis...
Puis quoi ? Ce décorum, ces rites, cette sorte
De manie, de vouloir dominer les humains,
Jérusalem ou Rome ou La Mecque, qu'importe :
Seul compte le pouvoir serré entre vos mains.
Moi je suis le croyant qui passe entre les mailles
Du filet qui vous sert à pêcher les naïfs
Qui pensent qu'en priant on peut, vaille que vaille,
En priant de concert, d'un élan collectif,
Gagner auprès de Dieu – dis-leur, si tu existes ! –
Sa place en paradis bien mieux que si l'on nie
Vos liturgies. Adieu, confessions fumistes,
Au vrai, je vous le dis : heureux qui vous renie !
Ainsi court mon esprit, religions perfides
Et je vais faire un vœu : qu'un jour vos temples soient
À l'abandon. Je prie pour qu'un jour ils soient vides :
Que chacun croie s'il veut, oui mais chacun pour soi.


Annonay, samedi 7 janvier 2017