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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Métempsycose



J'ai vu souvent passer, quand l'esprit engourdi
Par le sommeil la nuit se laisse aller au rêve
Et que le corps lassé se repose alangui,
Leur troïka qui fuit sans répit et sans trêve...
Ils sont tous deux glissés sous la chaude pelisse,
Les chevaux sont pressés dans le froid de l'hiver,
Des loups se ruent après le grand traîneau qui glisse
Dans la sombre forêt aux sapins noirs et verts.

J'ai vu souvent aussi les bulbes éclatants
De l'église aux murs clairs briller sous l'astre roi,
Qui fut levée ici il y a bien longtemps,
Des chaînettes en fer s'élancent vers les croix,
Sur le mur en entrant une icône en bois noir,
L'air est tout imprégné du parfum de l'encens
Et un vieux paysan vient prier chaque soir
Et repart le dernier quand le soleil descend.

Puis j'ai vu des commis rassemblés dans la rue
Avec des ouvriers le poing haut et vengeur,
L'empereur a promis, personne ne l'a cru
Et tous veulent crier qu'ores ils n'ont plus peur.
C'est la solution : abattons le tyran,
Cet homme est un bandit, pour lui il est trop tard.
Sus ! Révolution ! Le peuple marche en rang,
Ce trophée qu'on brandit, c'est la tête du tsar.

Et j'ai vu tout cela quand l'esprit engourdi
Par le sommeil la nuit se laisse aller au rêve
Et que le corps si las se repose alangui.
Ces enfants qu'on poursuit, cette âme qui s'élève,
Ce souverain promis à la foule en colère,
Les ai-je rencontrés, avant que d'être mort ?
Ai-je vécu parmi le peuple millénaire
Qui hante ces contrées que je vois si je dors ?

Saurai-je donc jamais qui je fus autrefois ?
Le monde est éternel, l'existence éphémère,
Ai-je vu d'autres ciels flotter sur d'autres terres ?
Saurai-je donc jamais si je fus autrefois ?


Davézieux, samedi 4 mai 2013