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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Malédiction
(Petite parodie pour poète maudit)



À Gérard, Françoys, Tristan, Paul et quelques autres.


(sur un ton ironique)

S'il faut beaucoup souffrir pour qu'on soit bon poète,
Si l'inspiration souvent naît des rancœurs,
J'ai beaucoup à offrir : mes cruelles défaites,
Mes tristes passions et mes peines de cœur.

Mais je voudrais, mon Dieu, que ma muse s'inspire
Parfois des doux moments, des bouquets parfumés,
Des chants mélodieux, bref qu'elle oublie le pire,
La peur, les faux serments, les regrets exhumés.

Si c'est l'équation : qui bien écrit endure
Maints ennuis, maints revers, maints dépits amoureux,
Je dis : « Objection ! » et suis prêt, je le jure,
À renoncer aux vers pour être plus heureux.

Quand les simples d'esprit sont gens sans importance,
« Regardez celui-là... Ah, c'est dommage, allez... »,
Moi j'envie l'incompris qui vit dans l'ignorance,
Juste ému d'être là et c... comme un balai.

Le poète maudit, l'oiseau noir de passage,
Qui réjouit tes sens, l'envié créateur
Existe donc ? Pardi, ce n'est pas qu'un mirage !
Mais sais-tu sa navrance ? Aussi, ami lecteur,

Fais-moi cette faveur qu'aujourd'hui je t'adresse,
Quand tu liras mes vers et s'ils sont à ton goût,
Un peu de la saveur d'un poète en détresse :
J'ai le cœur à l'envers. S'il faut souffrir beaucoup

Pour qu'on soit bon poète, alors je peux prétendre
À belle renommée – voire à l'Académie,
Sois pas, muse, inquiète : on se fera entendre,
Moi je ne fais jamais les choses à demi.

Je serai adulé des lecteurs, des lectrices.
« Comme on doit l'estimer ! Et comme il fait pitié !
- le Veuf, – l'Inconsolé. » Au diable l'avarice !
Moi je ne fais jamais les choses à moitié.

Je serai grave avec les gaies Parisiennes.
« Qu'on aimerait t'aimer, ô cœur anéanti !
D'ailleurs il n'est bon bec que de Paris, pardienne ! »
Moi je ne fais jamais les choses en petit.

Je serai Nereus des marins de Bretagne.
« Regardez-le ramer sur ses jours écumants,
Prophète in partibus, et sa vie, ah, un bagne ! »
Moi je ne fais jamais les choses mollement.

Je serai ange ou saint, qu'accablent les épreuves.
« Pauvre âme décimée, cible du quolibet,
Noir et morne assassin. » Faut-il une autre preuve :
Moi je ne fais jamais les choses au rabais.

Puis je serai superbe en Prince des poètes.
Quand on est mal armé face au sort ennemi,
Quand on est dans la m... autant que ce soit fête :
Moi je ne fais jamais les choses à demi.

Pourtant si c'est le prix à payer pour la gloire
Que de subir le lot des poètes maudits,
Je voudrais, mon esprit, que tu sois dérisoire :
Va, quelques trémolos, après j'aurai tout dit.

Car si l'équation : qui bien écrit endure
Maints ennuis, maints revers, maints dépits amoureux,
Est sans solution, je suis prêt, je le jure,
À oublier les vers pour être plus heureux.


Annonay, lundi 2 février 2015