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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Les moutons



Les moutons qui bêlent en chœur sont de bien braves gens qui vivent
Paisiblement, sans bruit, sans heurt. Le pâtre a dit, les moutons suivent.

Sympathiques moutons, quand triste est la pâture
– Souvent l'ennui déclenche une vague d'ennui –,
Achetez, achetons ! Bénie soit l'ouverture
Des magasins dimanche et – pourquoi pas ? – la nuit.

Voilà pourquoi les gentils moutons
Ne flânent plus dans l'allée du parc
Aux dimanches sonnants mais s'en vont
Comparer les prix, les coûts, les marques...

Les moutons qui bêlent en chœur sont de bien braves gens qui vivent
Paisiblement, sans bruit, sans heurt. Le pâtre a dit, les moutons suivent.

Sympathiques moutons, la pâture résonne
De bêlements tantôt : « Bonjour, ami Gaston ! »
Pour saluer Gaston, on prend un téléphone,
On envoie un texto quand on est dans le ton.

Voilà pourquoi les gentils moutons
Vous disent qu'il est indispensable
D'être un adepte des p'tits boutons.
Gloire au réseau ! As-tu ton portable ?

Les moutons qui bêlent en chœur sont de bien braves gens qui vivent
Paisiblement, sans bruit, sans heurt. Le pâtre a dit, les moutons suivent.

Sympathiques moutons, tant vaste est la pâture,
Oh, petits pieds fourbus, oh, pauvres ripatons !
Pour aller voir Gaston, on prend une voiture,
Voilà, on touche au but... « Comment vas-tu, Gaston ? »

Voilà pourquoi les gentils moutons
Toujours pressés s'en vont et s'en viennent,
Tournicoti et tournicoton.
Gloire à l'auto ! Qui n'a pas la sienne ?

Les moutons qui bêlent en chœur sont de bien braves gens qui vivent
Paisiblement, sans bruit, sans heurt. Le pâtre a dit, les moutons suivent.

Sympathiques moutons, dans la pâture tinte
La cloche de l'église où Dieu aime à vous voir.
Tel le pieux Gaston, approchez-vous sans crainte,
La patenôtre grise un cœur rempli d'espoir.

Voilà pourquoi les gentils moutons
Confient leur pauvre âme au Tout-Puissant.
Pour être bien avec le patron,
Credo, cantique et bâton d'encens.

Les moutons qui bêlent en chœur sont de bien braves gens qui vivent
Paisiblement, sans bruit, sans heurt. Le pâtre a dit, les moutons suivent.

Sympathiques moutons, par-delà la clôture,
On rôde. L'étranger n'est jamais bienvenu,
Il ressemble à Gaston mais dessous la parure...
Prudence : le danger, n'est-ce pas l'inconnu ?

Voilà pourquoi les gentils moutons
– Racistes, non, mais oui, bon, d'accord... –
Se répètent entre eux le dicton :
« Chacun chez soi, l'étranger dehors ! »

Les moutons qui bêlent en chœur sont de bien braves gens qui vivent
Paisiblement, sans bruit, sans heurt. Le pâtre a dit, les moutons suivent.

Sympathiques moutons, pour gérer la pâture,
« Il nous faut un berger ! » comme dirait Gaston.
Croyez l'ami Gaston : finance, emploi, culture,
Tout peut, tout doit changer ! Votez pour moi ! Votons !

Voilà pourquoi les gentils moutons
Bien sagement alignés déposent
Leur bulletin dans l'urne et, dit-on,
Croient vaguement changer quelque chose.

Les moutons qui bêlent en chœur sont de bien braves gens qui vivent
Paisiblement, sans bruit, sans heurt. Le pâtre a dit, les moutons suivent.

Sympathiques moutons, je ne suis qu'un poète
Et n'aime pas trop suivre un chef levant drapeau.
J'ai croisé des Gaston partout sur la planète :
Il est si bon de vivre à l'abri du troupeau.
Pour qui vit en dehors, il en a, du mérite,
Qui préfère se taire et croit qu'il a raison :
L'autre aura toujours tort et les moutons évitent
Le vieux loup solitaire à toutes les saisons.
Continuez à paître heureux et sans histoires
Dans votre grand pré vert – serait-ce une prison ?
Moi je n'ai pas de maître ou je feins de le croire
Puis je jette mes vers aux quatre-z-horizons.


Davézieux, samedi 28 septembre 2013