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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Les bonobos



I

« Ah, tiens, voilà les bonobos !
Disait le mari à sa femme.
Dieu qu'ils sont laids ! — Dieu qu'ils sont beaux !
— Beaux ! Quelle idée ! Ils sont infâmes !

— Eh, regardez les bonobos !
Disait le frère à ses sœurettes.
Là-bas ! Bébé s'est fait bobo !
Oh, comme il pleure ! Arrête, arrête !

— Ah, tiens, voilà les bonobos !
Disait, rieur, un joyeux drille.
Quoi ? Elle avec ce vieux barbeau !
Est-ce son amie... ou sa fille ?

— Eh, regardez les bonobos !
Disait la tante à ses deux nièces.
Ils sont plus noirs que des corbeaux,
Ceux-là. La curieuse espèce !

— Ah, tiens, voilà les bonobos !
Disait un type à sa copine.
Vois le chauve avec un pied bot !
"Qui ne peut marcher, qu'il clopine !"

Eh, regardez les bonobos !
Disait un mahousse, un colosse.
Ce môme : un dessin de Poulbot !
Est-il de la Butte, ce gosse ?

— Ah, tiens, voilà les bonobos !
Disait papa à sa 'tit' puce.
As-tu vu le grand au jabot ?
Un poète (au moins), ce gugusse ! »

II

Ainsi disaient les bonobos
Qui parlaient de la gent humaine
(Car humain se dit bonobo
Dans la langue bonobienne).

Ainsi disaient les bonobos
Qui regardaient passer les hommes
(Du berceau jusques au tombeau,
On ne fait que passer en somme).

Quand tu verras les bonobos
Qui sont au parc zoologique
Prendre des poses de cabot,
Dis-toi, mon cher, que c'est logique :

Ils s'amusent, les bonobos,
Des humains sans qu'ils le soupçonnent,
Ils en font des portraits-robots,
Toi, lui, moi, nous... Chaque personne !

Ils s'étonnent, les bonobos,
Des hommes qui vivent sur Terre,
Maigres, dodus, géants, nabots,
Jeunes ou vieux... Quel inventaire !

Vous mériteriez, bonobos,
Entre autres causes pertinentes,
De reprendre un jour le flambeau
De l'humanité déclinante !

III

« Les bonobos ! Regardez-les !
Disait un singe assis dans l'herbe.
— Dieu qu'ils sont beaux ! — Dieu qu'ils sont laids ! »
Et les humains, pleins de superbe,

Passaient devant les bonobos
Et moi qui comprends leur langage,
Moi, maître ès délires verbaux,
J'ai fait ce poème en hommage

Aux perspicaces bonobos,
Moi, pauvre poète qui tente
De recoudre un peu les lambeaux
De l'humanité mal portante...


Annonay, vendredi 16 février 2018