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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


Le march(i)eur des bois



À maître Alcofribas, abstracteur de quinte essence.

— J'ay (respondit Gargantua), par longue et curieuse experience, inventé un moyen de me torcher le cul : le plus seigneurial, le plus excellent, le plus expedient que jamais feut veu.
— Quel ? dict Grandgousier.
[...]
— (...) je dys et maintiens qu'il n'y a tel torchecul que d'un oyzon bien dumeté, pourveu qu'on lui tienne la teste entre les jambes. Et m'en croyez sus mon honneur, car vous sentez au trou du cul une volupté mirificque, tant par la doulceur d'icelluy dumet que par la chaleur temperée de l'oizon, laquelle facilement est communicquée au boyau culier et aultres intestines, jusques à venir à la region du cueur et du cerveau.

François Rabelais, Gargantua, chapitre XIII, Comment Grandgousier congneut l'esperit merveilleux de Gargantua à l'invention d'un torchecul


Parfois celui qui rêvasse
Au milieu des bois épais
Sent son intestin qui brasse :
On ne saurait s'y tromper.

« Veine ! dit avec audace
Le marcheur. À m'épier,
Ni foule, ni populace
Pour me regarder chier. »

Tu penses : « Suffit, de grâce ! »
Qui voit ta pudeur dupée ?
Il n'empêche, ô toi qu'agace
Ma plaisante priapée :

Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse,
Quand on est en deux plié
(Nul ne chie par contumace),
Il faut bien aller chier.

Marcheur, ne perds pas la face,
Sois malin. D'abord stoppe et
Que tu sois pris de chiasse
Ou que tu sois constipé,

Tu demeureras sagace
Dans ton choix. Un sanglier
Habite ici, vois ces traces :
Oublie ce coin pour chier.

Surveille avec soin l'espace
Où tu seras occupé
À te vider la besace ;
Prends bien garde à ta croupe et

Tu n'es pas chez toi, bagasse !
Là, tu sais où tu t'assieds
Mais quoi si l'ortie remplace
La cuvette pour chier ?

Promeneur qui te délaces
Où elle s'est regroupée,
Gare à ton cul s'il embrasse
L'ortie aux bords découpés !

Voici la règle qui chasse
La peur d'être houspillé :
Loin du sentier où l'on passe,
Retire-toi pour chier.

Écoute-les qui jacassent,
Ces randonneurs attroupés.
Mais ils vont sans te voir parce
Que tu joues les circonspects.

Bon, le marcheur qu'on dépasse
Cul bas, recroquevillé,
Exagère s'il trépasse :
Il n'y a honte à chier.

Le ventre fait la grimace,
Muscles sous-développés.
À faire assis : fainéasse !
À faire accroupi : respect !

Et la position basse
Du marcheur déshabillé
Agrandit d'autant la place
Du trou du cul pour chier.

Si pour que tu satisfasses
À l'hygiène, c'est râpé,
Déchiffre : si tu n'as pas c'
Qu'on nomme PQ, rampe et

Les feuilles pour la merdasse
Lors seront appropriées,
Mieux vaut ça qu'avoir la crasse
Au derrière après chier.

Puis nettoie donc la surface
Où ton cul s'est décrispé.
Un marcheur a de la classe,
Il ne doit rien saloper.

Fallait-il que je rimasse
En termes aussi grossiers ?
Bah, pour tant de vers fadasses,
Quelques autres à chier,

C'est pour le moins efficace
Pour évoquer merde et pets.
Si mon lecteur, mine lasse,
A bien ri, s'est dissipé,

J'en suis fier. Mes vers cocasses
Sont sortis d'un cul fécond
(Pour des vers, c'est perspicace) :
Tant pis s'ils fâchent les cons.


Annonay, mardi 8 septembre 2015