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POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


À Marie-Jeanne



Lu sur une plaque de bois ronde au pied d'une croix : « À Marie-Jeanne, tu aurais 19 ans ce 8 juin 2013. On t'aime. »

À celles et à ceux trop tôt partis voir « Ailleurs si Dieu existe et s'il est accueillant ».


J'ai connu bien des gens en sillonnant les routes,
Je me suis invité plus souvent qu'à mon tour,
L'esprit est indigent s'il n'est pas à l'écoute
Mais l'esprit est bonté s'il sait dire bonjour.
J'ai salué Léa, Simon, Jean-Pierre et Anne
Et tissé des liens – tout passe... – révolus,
J'ai beaucoup parlé à mes bons amis les ânes
Et caressé des chiens aboyant leur salut.
J'ai demandé de l'eau dans des villages, j'ai
Refait le monde avec un poète en vacances,
J'ai même dit « Hello ! » au touriste étranger
Mais jamais je n'avais croisé d'âme en errance.

Un jour, nous pleurerons peut-être l'ami cher
Ou le tendre marmot ou le parent défunts...
Une plaque en bois rond sous une croix de fer
Porte juste ces mots, votre prénom comme un
Geste ultime d'amour : « À Marie-Jeanne. » Vous
Auriez eu dix-neuf ans accomplis cet été.
La mort va sans détour quand elle a rendez-vous
Pour prendre les vivants. Est-ce l'éternité
Qui succède à la vie que la mort éparpille ?
Qui le sait ? Mais si Dieu existe, que le vent
Lui redise à l'envi : laissez les jeunes filles
Au regard radieux fêter leurs dix-neuf ans.

Dans le pré un chat blanc guette le campagnol,
J'entends l'heure qui sonne à un clocher lointain,
Un cheval... son pas lent résonne sur le sol,
Un bateau sur le Rhône accoste au quai de Tain.
J'aperçois dans les nues un oiseau qui tournoie,
Sur le petit sentier s'éloigne un randonneur,
Car la vie continue qui mêle peine et joie
Et dans le monde entier on naît, on vit, on meurt.
Chaque moment passé des âmes vont et viennent,
Celle-ci va renaître, une autre quitte tout,
Qui peut dire : « Je sais quand je rendrai la mienne... » ?
Le destin est le maître où il règne – partout.

J'ai connu bien des gens en errant sur les routes,
Je me suis raconté plus souvent qu'à mon tour,
Le cœur est indigent s'il n'est pas à l'écoute
Mais le cœur est bonté s'il sait dire bonjour.
Je suis allé sans doute en de nombreux endroits,
J'ai longtemps arpenté les chemins et pourtant
Un après-midi d'août, j'ai trouvé une croix
Et me suis arrêté l'espace d'un instant.
Moi le marcheur qui flâne à l'âme vagabonde,
Je vous aurai croisée puis j'ai écrit ces vers
Pour vous, « à Marie-Jeanne ».

C'est une plaque ronde,
Une plaque posée contre une croix de fer.


Davézieux, samedi 24 août 2013