Vers le haut de page
Vers le bas de page

POÉSIES DE MON CŒUR
Les cahiers des
P O É S I E S   D E   M O N   C Œ U R


21 septembre 1986



On part trop tôt pourtant mais là tu exagères.
Je n'avais pas trente ans et tu étais mon père.

C'est loin, ce jour d'automne où tu tendis les mains
Qui sait vers quel fantôme ignoré des humains,
Quels mondes interdits... Puis la vie t'a quitté.
Ainsi me l'a-t-on dit, quelques mots dépités...
L'hôpital est un lieu où la vie et la mort
Se mêlent toutes deux pour décider du sort
Des gens que nous aidons à s'en aller, d'un frère,
D'une mère ou – pardon, je le sais – de son père.

Dans le clos, dans l'allée, on joue toujours aux boules,
En bas dans la vallée, la rivière s'écoule
Mais l'équipe a perdu son plus fameux tireur,
Les longs poissons dodus n'ont plus peur du pêcheur
Et le bel occitan que tu parlais si bien
Les soirs de juin chantants pleure aussi l'un des siens :
Plus de veillée l'été lorsque le soir tombait,
Et qui va nous gâter de tendres bolets bais ?

J'ignore tout d'après et le reste est mystère,
Mais s'il faut accorder à ceux qui sur la Terre
Ont souffert, ont eu peur, ont aimé chaque jour,
Un peu de la chaleur que diffuse l'amour,
Lors je sais, mon papa, que dans les eaux du ciel,
Tu guettes ton appât sous l'œil de l'Éternel
Et tout en te baissant au pied des pins agrestes,
Tu cueilles en passant les champignons célestes.

Mon cœur a dû apprendre à s'habiller de deuil
Ce 21 septembre où tu franchis le seuil,
Où tu pris cette voie semée de pas perdus...
Écoute. C'est ma voix que tu as entendue.
La voix de ton gamin ; certes la mort ravit
Hier, aujourd'hui, demain, c'est la loi de la vie,
Ceux qui sont ici-bas et bientôt nous mourrons
Mais l'amour est combat et nous le gagnerons.

On part trop tôt pourtant mais là, ça n' se fait pas.
Je n'avais pas trente ans, tu étais mon papa.


Annonay, vendredi 7 décembre 2012