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POÉSIES DE MON CŒUR

Sur un vers de Tristan Corbière

(note publiée le 22 janvier 2015)
Édouard-Joachim (dit Tristan) Corbière, voilà un poète que j'aime bien. Poète maudit, s'il en fut (si oui, en est-il encore ?), il est l'auteur - ironique et désabusé - du recueil « Les Amours jaunes » ; permettez-moi de vous en recommander chaudement la lecture.

Je serai incapable de vous expliquer pour quelle raison il m'a fallu vous livrer mes réflexions à propos du vers évoqué dans le titre de cet article... Mais qu'importe, après tout. Ce vers, le voici. Il est extrait de la « Litanie du sommeil » de la section « Raccrocs » du recueil : « Du violoncelliste et de son violoncelle » Et qu'est-ce qu'il a donc de spécial, ce vers-là ?

Violon (et ses dérivés) contient la diphtongue io. Cette diphtongue est une diérèse. Le mot violon se lit donc : vi - o - lon. Sauf que si on lit i - o, on obtient un vers de treize syllabes et ça fait désordre dans un poème en alexandrins : Du / vi / o / lon / cel / lis / te_et / de / son / vi / o / lon / celle
1  / 2  / 3 /  4  /  5  /  6  /   7   / 8  /  9  / 10 /11 / 12  /  13  
Fort bien, admettons que l'auteur ait négligé la diérèse et comptons io pour une seule syllabe : Du / vio / lon / cel / lis / te_et / de / son / vio / lon / celle
1  /  2  /  3  /  4  /  5  /   6   / 7  /  8  /  9  / 10  /  11  
Allons bon, nous voilà avec onze syllabes...

Sacré Tristan ! Il nous a fait un vers unique où il faut lire le premier io en deux syllabes et le second en une seule, et pour deux mots de même origine, si on veut retomber sur les douze syllabes requises : Du / vi / o / lon / cel / lis / te_et / de / son / vio / lon / celle
1  / 2  / 3 /  4  /  5  /  6  /   7   / 8  /  9  / 10  / 11  /  12  
Du jamais vu, lu ou entendu en poésie versifiée ! Il aurait pourtant suffi à Tristan (que ses mânes ne se formalisent pas de cette familiarité) de changer un tout petit peu son vers (peut-être remplacer « de son » par « du ») pour que le mètre soit correct : « Du violoncelliste et du violoncelle » Ce n'est qu'une réflexion en passant... On ne récrit pas ce qui est déjà. Encore moins ce qui ne nous appartient pas. Puis ça n'a pas tout à fait la même signification. D'ailleurs, c'est égal... Permettez-moi à nouveau de vous recommander la lecture des « Amours jaunes ». Tristan Corbière devait avoir ses raisons pour prendre ses aises avec la prosodie française. En le lisant, j'ai souventefois buté sur l'un ou l'autre vers bizarrement construit mais je me suis quand même bougrement régalé...