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POÉSIES DE MON CŒUR

Critique en folie

(note publiée le 21 mars 2018)
Une édition contemporaine de « L'Art d'être grand-père » de Victor Hugo commence, hélas (c'est devenu une habitude) par l'inévitable laïus de l'exégète de service ce jour-là, généralement un universitaire, parasite de la littérature et de la poésie en particulier. Prise de tête garantie (alors que la poésie de Hugo se suffit à elle-même comme doit – ou devrait – le faire toute poésie).

À la page 26 de la préface, on peut donc lire ceci : 10. LICENCE POÉTIQUE, OU UNE QUESTION D'ORTHOGRAPHE

On a remarqué l'absence d'« s » pour Charles dans les Griffonnages de l'écolier, et dans bien d'autres textes où il apparaît. Chez Georges, c'est encore plus fréquent. Souvent se trouvent mêlées les deux orthographes.

... J'entendrai tour à tour
Ce que Georges conseille à Jeanne, doux amour,
Et ce que Jeanne enseigne à George. En patriarche
Que mènent les enfants, je règlerai ma marche...

Si l'absence de « s » en français féminise ce prénom selon l'exemple éclatant de George Sand à l'époque, cette hésitation le fait osciller entre les deux genres, dans une adolescence en pleine recherche d'elle-même.

J'avoue que ce dernier paragraphe m'a réjoui... Comment peut-on se prendre la tête ainsi, à mêler George Sand et la prétendue féminisation de son prénom, et « une adolescence en pleine recherche d'elle-même » ?

Les explications les plus simples sont souvent les meilleures mais la simplicité ne sied pas aux branleurs de cervelles... En l'occurrence, je doute que le père Hugo se soit esquinté les méninges à vouloir évoquer « une adolescence en pleine recherche d'elle-même » du fait qu'il écrit Georges ou George. Mieux, il ne s'agit même pas de licence poétique à proprement parler.

La licence poétique autorise le poète à écrire « certe » au lieu de « certes » quand le mot est suivi d'une voyelle et que l'auteur ne veut pas de liaison. Même chose pour les verbes du premier groupe au présent de l'indicatif avec tu ; « Tu cherches à... » se lira bien sûr tu-cher-che-za et « Tu cherche' à » tu-cher-cha, sans liaison (dans ce dernier cas, on trouve parfois une apostrophe pour marquer l'absence du « s »).

Mais pour les prénoms avec la finale « –es », il n'est même plus question de choix... Les poètes de toutes les époques ont toujours supprimé le « s » quand le prénom est suivi d'une voyelle, tant « Jacques a dit » (lu : ja-ke-za-di) serait ridicule. « Jacque a dit » s'impose donc, tout comme Et ce que Jeanne enseigne à George. En patriarche s'impose, sans « s » à Georges pour permettre l'élision avec « En patriarche ». Tout simplement !

Voilà, c'est tout et même si l'auteur n'est plus là pour en parler, je suis convaincu que les « Charle » et les « George » de Hugo ne sont justifiés que par l'application (logique) d'une des règles de l'écriture poétique – et rien d'autre.

Mais bien sûr, on n'est pas critique pour écrire des banalités... quitte à délirer.