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POÉSIES DE MON CŒUR

Haïku

(note publiée le 31 décembre 2016)
Les haïku, ces (désormais) fameux « poèmes courts japonais », peuvent-ils tenter un poète qui pratique la versification à l'occidentale, sur des bases classiques qui plus est ?

Certes. D'ailleurs, je ne serais pas le premier et encore moins le seul à tenter l'aventure : Jean Paulhan, Eugène Guillevic, Francis Ponge, Paul Éluard ont eux aussi écrit des haïku. Et d'autres en ont parlé, notamment au XIXe siècle.

Mais tout nouveau domaine d'écriture nécessite qu'on s'informe, histoire de ne pas faire n'importe quoi. À cet égard, je me permets de recommander au haïkiste débutant la lecture du bon bouquin de Philippe Costa : « Petit manuel pour écrire des haïku ». Ce manuel, donc, porte bien son nom. Il s'agit d'un livre essentiellement pratique, donnant au haïkiste nouveau venu (et pourquoi pas aux autres aussi...) des pistes d'écriture. Et avant tout, il définit ce qu'est le haïku ou, mieux, ce qu'il N'est PAS. La quantité de fausses vérités sur le haïku est telle que la lecture du chapitre 2 du livre est déroutante... Et quoi, le haïku, ce n'est donc pas une expression de la pensée boudhiste (zen, de surcroit), de la philosophie japonaise ou du culte de la nature ? Eh bien non... Pour faire court, je citerai ces deux passages :

Le haïku est marqué du sceau de l'irrespect, de l'espièglerie et de la trivialité, quelquefois de la moquerie.

Et :

Le haïku est un genre avant tout descriptif, imagé, mais aussi intimiste et émotionnel et... qui ne pense jamais ; ou quand il pense, c'est à rien ! Le haïku c'est en fait le plus souvent ce qu'on nomme en littérature une « image visuelle », quelquefois une « image littéraire ».

Cette courte note n'a pas pour but de reprendre ce que Philippe Costa fait très bien dans son livre et le lecteur intéressé trouvera tout ce qu'il faut dans le bouquin en question. Et ce même lecteur n'oubliera pas qu'il aura acheté un manuel, c'est-à-dire un ouvrage pratique. L'auteur donne, en une soixantaine de chapitres, des conseils et des trucs d'écriture. Le plus amusant, c'est que ces chapitres sont souvent en totale contradiction l'un avec l'autre. L'art du haïku est fait aussi de cela, de procédés littéraires opposés, des figures de style très variées, etc.

Le haïku est l'art de la brièveté, de la concision. C'est peut-être là le point le plus délicat pour un poète occidental, habitué au contraire à développer ses idées (sans tomber toutefois dans le bavardage, cela va de soi). Autant dire qu'il lui faudra changer d'état d'esprit. Et, joie et bonheur, l'exercice se révèle passionnant, salutaire et, contre toute attente, bénéfique (par opposition) à l'écriture classique. Il faut juste adopter la bonne disposition mentale et, personnellement, j'avoue avoir du mal à passer aisément d'un genre à l'autre. Autrement dit, si je me promène (les balades sont une source inépuisable d'inspiration) et que j'ai le haïku en tête, pas question d'écrire parallèlement un sonnet, par exemple.

Je laisse au lecteur le soin de se renseigner davantage. Voici quand même trois de mes premiers haïku. Qu'en pensez-vous ? Héron haut perché
Sur ton rocher : quel poisson
Ce soir au menu ?

Vieux train d'autrefois,
Vieille voiture à rivets...
Arrivés pourtant !

Petit' fille en pleurs,
P'tit garçon qui la console :
Gros chagrin parti.
Notez au passage dans le dernier poème l'emploi des fausses élisions, indispensable parfois si on veut respecter la métrique du haïku (5-7-5). C'est d'ailleurs le seul reproche que je ferais à Philippe Costa : nombre de ses propres haïku qu'il cite sont bancals car certains vers ont une syllabe de trop (qu'il aurait pu marquer de l'apostrophe de la fausse élision, justement). Mais Philippe Costa n'est probablement pas un poète formé à l'écriture classique et du coup, il a tendance à faire sauter nombre de E caducs à la lecture. Exemple (p. 119) : Onze heures du matin
petit café de Penmarc'h
Histoires de marins.
Soit : 6-7-6 ! Il aurait suffi d'écrire : Onze heur's du matin et Histoir's de marins...

Enfin, et la question ne peut manquer de se poser au poète familier des diphtongues : comment les prononcer ? Personnellement, j'ai choisi, après mûre réflexion, de respecter les diérèses pour mes haïku (pa/ssi/on, par exemple).

Le haïku ? L'autre face de la poésie, à essayer absolument !