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POÉSIES DE MON CŒUR

Critiques

(note publiée le 16 octobre 2015)
Je n'aime pas les critiques.

Entendez par là : les gens qui font profession de donner leur avis sur le sujet qu'ils prétendent connaître. Attention : un avis est un avis et chacun est en droit de donner le sien.

Au demeurant, je me contente volontiers d'entendre « J'aime », « Je n'aime pas » ou « Bof... » (avec toutes les nuances possibles et avec, quand même, une préférence pour la première option). Pourquoi demander plus ? À chacun ses goûts...

Plaisir au poème (Chroniques de Georges Mounin) Or, je suis tombé récemment sur un petit bouquin sobrement intitulé « Plaisir au poème », sous-titré « Chroniques de Georges Mounin », paru aux éditions Agone. Georges Mounin était linguiste, sémiologue et... critique en poésie. Pour autant (vous voyez comme je peux être méfiant), cet homme-là a écrit des choses fort pertinentes, qui me rappellent tel poème, lu ici ou là...

À une époque, la nôtre, où la poésie versifiée et rimée regorge de métaphores tout aussi obscures les unes que les autres (bien qu'elles parlent certainement à leurs auteurs), permettez-moi de citer quelques passages de ces chroniques au ton salutaire.

[...] On dirait que tous ces poètes, pathétiques souvent dans leur tension vers la poésie n'ont pas de femme (même s'ils ont très monotonement des femmes), n'ont pas d'enfants, n'ont pas d'idées, n'ont pas d'amis, n'ont pas de morts. Quand ils intitulent un poème « Automne », on n'y parle pas de l'automne ; quand ils dédient un poème à un mort, que nous connaissons tous, on n'y parle ni d'eux, ni de notre ami mort et de notre amitié, on y parle d'autre chose. Pas ou peu de sujets, c'est-à-dire pas d'émotions non littéraires [...] Camarades poètes, ayez des émotions d'abord, écoutez patiemment vos vraies, vos propres émotions, les émotions nées de votre vie et non pas nées de vos lectures - qui sont la matière irremplaçable d'une poésie ; [...] Après, seulement, l'effort pour les transmettre par des mots - au lieu de masturber quelquefois des mots pour en faire improbablement jaillir des émotions, à tout hasard.

Ceci encore :

Le mot « réalisme » est un grand mot, qui fait trop peur encore à beaucoup de poètes : le réalisme des poètes, c'est de reconnaître, c'est d'avouer d'abord leurs émotions véritables - qui sont aussi les nôtres -, au lieu d'essayer d'en fabriquer de très distinguées, mais qui n'existent pas.

Je suis heureux de constater que selon Georges Mounin la sincérité (car c'est elle, je crois, qu'on peut retrouver dans ses propos) est la matière première de la poésie.

Je trouve encore ce passage :

[...] Mais n'auront du succès d'ici vingt-cinq ans que ceux qui n'écrivaient pas des poèmes seulement parce que d'abord ils en avaient lu, de bons, beaucoup, souvent et longtemps : ceux qui sauront découvrir en eux leurs vrais poèmes [...]. En un mot, ceux qui vivent...

Donc : lire, oui, mais pas que... Écrire en poésie, c'est surtout vivre.

Une conversation (c'est le terme employé) entre J.‑C. Depaule et I. Oseki‑Dépré sur Mounin termine ce petit bouquin. J'en extrais ce court passage de J.‑C. Depaule :

Mounin écrit : « Camarades poètes, ayez des émotions d'abord. » Le reste (les aspects phonologiques, rhétoriques) pour lui est « solfège » ou « béquille poétique ».

J'ai d'abord été quelque peu irrité par cette opinion. Et le travail d'écriture, alors ? Puis il me semble avoir saisi la pensée du grand homme. Bien sûr que les artifices littéraires sont sans intérêt si la sincérité n'est pas présente. La boucle est bouclée et je peux reprendre mes propos du début sur l'abus des métaphores et autres joyeusetés.

En guise de conclusion : vive la poésie vivante et sincère, riche en émotions et en sentiments vécus. J'ajouterais : peu importe la forme (à titre personnel je n'écris et ne lis que de la poésie versifiée et rimée, mais ce n'est que l'expression de mon propre goût).

Bonnes lectures à vous et, si vous tenez la plume, de beaux textes à venir !